Nous commençons aujourd’hui à publier les contributions reçues dans le cadre de notre premier atelier de l’année, « 6j » – une invitation à composer en vers une ou plusieurs épitaphes comportant six fois cette lettre.
Sept épitaphes
Ci-gît notre jeunesse
Jouissons de la vieillesse
À nous deux, le cœur joyeux
Chaque jour, yeux dans les yeux;
Voici d’un seul jet ce poème
Michèle mon amour, je t’aime
***
Ci-gît mon journal intime, à l’infini
Au repli de belles pages jaunies
Remplies de mes jeunes années
De secrets jalousement gardés
Nous nous rejoindrons avec le temps
À la dernière ligne, un jour pointant.
***
Sous ce zinc notre Joyeux zigue
Un jour enterra sa vie de garçon
Avec jubilation dans la nuit blanche
Projection de bile au matin brumeux
Sorti de justesse du coma éthylique
Il s’en remit au jugement du public
***
Jamie, mon ami, tu te rêvais
Pilote, pompier ou jardinier
Tu aimais jouer de tes bons tuyaux
Emporté par ta joie au grand orgue
Tu ne pouvais être une personne à jet
Tu nous as laissé un jour à la rosée
***
1956-Ici-gît Marta, juge de paix
Elle maniait joliment le marteau
Faisait feu de tout bois, fi du parjure
Invoquant la dignité et la justice
Avec grande justesse et humanisme
Nous lui devons le repos, à jamais en paix
***
Ci-gît Mam’zelle Tristesse
Emportée dans ses jeunes années
Par un fort courant de joie
Au lit d’un long fleuve de jouvence
Témoin de la scène, Peau de Chagrin
Sa sœur jumelle, se laissa emporter
Le jour même par la jalousie
Éteignons en leur souvenir
La flamme de la mélancolie
***
Ci-gît Jacotte, une joyeuse et vieille pie
Restée muette lors d’une joute verbale
La pie Jacasse lui clouant le bec sur-le-champ
Sous l’œil de Jaco, perroquet de karaoké
Les paroles s’envolent, les pensées demeurent
Jacques a dit Minute de silence, les oiseaux !
Patience, nous trouverons la voie du chant libre
Tous en chœur, le moment venu d’un Happy bird day
Bernard Pech
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